Le Service Jésuite des réfugiés (JRS) est une organisation catholique internationale, fondée en 1980, qui a pour mission d’accompagner, de servir et de défendre le droit des réfugiés et personnes déplacées de force. Actuellement présente dans plus de 50 pays, JRS apporte assistance aux réfugiés dans les camps, aux déplacés internes, aux rapatriés, aux demandeurs d’asile dans les villes et à ceux maintenus en détention. Les principaux domaines d’intervention sont l’éducation, le plaidoyer, l’assistance d’urgence, la santé et la nutrition, les activités génératrices de revenus et les services sociaux.
Par nature, JRS est une organisation décentralisée : les projets sont menés au niveau national avec le support du bureau régional et du bureau international. Basé en Italie, à Rome, le bureau International de JRS a un rôle de coordination, de direction et de représentation.
Le département en charge des Programmes de JRS, au sein du bureau International, veille à ce que les programmes soient mis en œuvre dans le respect de la mission et de la vision de JRS, et a pour principe premier de promouvoir la qualité des services rendus. Pour cela, le département développe des outils et manuels, qui sont diffusés sur le terrain par des formations et qui sont ensuite étroitement suivis.
Dans cet objectif, ma collègue, Cecilia Bock (Coordinatrice des Programmes) et moi-même (Assistante de la coordinatrice des Programmes), nous sommes inscrites à la formation Compas organisée par le Groupe URD en juin dernier. Notre objectif était de comprendre ce qu’était la méthodologie Compas et de nous familiariser avec sa mise en œuvre concrète par l’utilisation du Compas Dynamique. Nous sommes ainsi venues à Plaisians dans une démarche très ouverte, désireuses de découvrir cette méthodologie et de trouver de nouvelles inspirations pour notre travail.
A l’issue de la formation, éclairante, nous sommes retournées très satisfaites à Rome avec l’idée d’utiliser des éléments de la méthodologie COMPAS et de les adapter aux besoins de notre organisation - qui a déjà son propre système en place.
Malgré un enthousiasme certain pour l’outil, nous n’avions pas envisagé à ce stade d’utiliser le logiciel COMPAS : sa mise en œuvre au niveau du terrain aurait été trop compliquée et aurait demandée de sensibiliser toute l’équipe au COMPAS ainsi que de disposer de capacités de suivi pour la coordination, ce que nous n’avions/avons certainement pas au sein du bureau international.
Cependant, à notre grande surprise et satisfaction, rapidement après la formation, l’opportunité s’est présentée au département des programmes à Rome d’utiliser le COMPAS Dynamique. Notre Bureau Régional d’Afrique de l’Est nous a en effet contacté pour nous demander de les aider à finaliser un diagnostic des besoins dans un camp de réfugiés à l’est du Soudan, dans l’optique de mettre en place des programmes psychosociaux. Des diagnostics approfondis avaient déjà été réalisés par le Haut Commissariat aux Réfugiés (UNHCR) qui nous demandait á présent de nous engager comme partenaire opérationnel dans ce domaine, prenant en compte la vision/mission de notre organisation, nos priorités stratégiques régionales et nos capacités. Notre collègue au Soudan devait donc effectuer une mission sur le terrain pour y rencontrer les différents acteurs, afin de confirmer les besoins et de produire un rapport détaillé qui faciliterait la prise de décision au niveau régional/international sur un éventuel engagement dans la zone.
Nous avons décidé de lui apporter un soutien à distance en utilisant le Compas Dynamique. Ceci représentait un réel défi mais nous nous sentions plutôt confiantes car nous avions déjà suffisamment de données à ce stade provenant de précédents diagnostics, rapports, web... En pratique, Cécilia et moi avons enregistré l’essentiel des données dans le logiciel à posteriori et les questions auxquelles nous n’avons pu répondre ont été laissées à notre collègue. De plus, au fur et à mesure que le travail avançait en suivant rigoureusement toutes les étapes, nous avons senti le besoin de modifier/ajouter des questions plus spécifiques à notre domaine d’intervention : intervention psychosociale pour répondre aux besoins de populations réfugiées. En effet, au vu des éléments contenus dans les différents rapports, nous avons réalisé qu’il y avait des écarts/manques dans le Compas Dynamique qui devaient être comblés afin de rendre compte fidèlement de la réalité sur le terrain. Nous avons alors opéré en complétant chaque chapitre du rapport avec les informations que nous avions. Puis, à partir du logiciel, nous produisions le rapport sous format Word, que nous pouvions alors modifier, adaptant quelques questions, en insérant d’autres, ceci afin d’avoir un document exhaustif adapté à notre contexte de diagnostic.
Par conséquent, un de nos commentaires en tant qu’“utilisateur”, à posteriori, est que le COMPAS Dynamique est probablement un outil très adapté pour un diagnostic global des besoins mais doit être modifié lorsqu’il est utilisé pour des diagnostics menés dans des contextes/ pour des profils de bénéficiaires bien spécifiques.
D’autre part, un des points positifs dans l’adoption de l’outil fut qu’en considérant l’ensemble des questions, nous avons abordé des points que nous n’avions pas perçus comme clefs à Rome et qui se sont révélés être cruciaux du point de vue du terrain, et vice versa.
Bien qu’ayant suivi la formation, certaines questions nous ont parfois semblé répétitives, sans doute dû au fait que nous n’avions pas clairement en tête la structure finale du rapport. De plus, le temps nécessaire alloué à l’exercice nous a semblé être un possible facteur de découragement pour les équipes sur le terrain, souvent sous pression. Cependant, plus nous avancions dans l’utilisation du COMPAS, moins ceci nous a semblé être un obstacle.
Une autre faiblesse de l’outil que nous avons constatée était la prise en compte somme toute superficielle des « composantes support » d’un programme. L’objectif de ce diagnostic était de conduire à une prise de décision, passant notamment en revue les ressources et capacités de notre organisation : logistiques, humaines, administratives. Ces aspects sont selon nous un peu faibles et nous avons du là aussi ajouter quelques questions.
Comme ma collègue et moi sommes loin d’être des spécialistes IT, nous avons sollicité plus d’une fois Olivier, le référent technique pour le COMPAS au sein du Groupe URD. Il a toujours été très rapide à nous répondre par email ou/et par téléphone et a toujours résolu nos nombreuses difficultés avec des réponses précises/adaptées. Nous nous sommes vraiment sentis supportées tout du long.
Pour conclure, je voudrais dire que la prise en main du COMPAS Dynamique a été un exercice exigeant, mais qui a prouvé son utilité, une fois adapté à notre contexte, afin de produire un rapport final très complet. Nous sommes plus que désireuses de tester de nouveau le COMPAS sur d’autres phases du cycle de projet, dans d’autres pays. |